Bonjour. Je m’appelle Silviane Le Menn, j’habite QUIMPER (Finistère), je suis en retraite
et accessoirement poétesse, écrivain, webmaster et parapsychologue-conseil.
Début mars 2008, en découvrant à la télévision le visage défiguré et douloureux de Chantal Sébire, le souvenir traumatisant du visage de ma fille unique Coralie Fehlen Le Menn
a été vivement réactivé dans ma mémoire et dans la mémoire des personnes qui l’ont aimée, rencontrée ou soignée.
Très sensibilisée par le rejet de la demande d’euthanasie et l’autopsie de Chantal Sébire,
dès le mois de mars, alors que j'étais en soins aux thermes d'Eugénie-Les-Bains (Landes),
j’ai exprimé sur Internet et à mon entourage, ma volonté de témoigner publiquement au sujet
de l’euthanasie « ratée » dont ma fille Coralie, atteinte d’un ostéosarcome maxillo-facial rare
et incurable, est décédée à l’âge de 20 ans au terme de 2 ans ½ de maladie.
Après avoir publié 18 commentaires explicites sur le site Internet de FRANCE SOIR,
dès mon retour de cure thermale, j’ai créé un « Dossier euthanasie » sur mon propre site www.abadennou.fr où j'ai publié les détails de la longue et douloureuse maladie de Coralie.
Contactée par Paul PIERRA (Moi, Hervé PIERRA, ayant mis 6 jours à mourir) j’ai rejoint l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) parce que, comme Chantal, Coralie n’a pas
eu la « chance » (!) de quitter ce bas-monde en douceur.
Le drame de l’euthanasie, je l'ai donc vécu car Coralie est décédée par euthanasie "sauvage"
le 9 septembre 1993, atteinte d'une forme de cancer similaire au cancer de Chantal Sébire.
Le pire du pire, c'est que l'euthanasie a été "ratée", le médecin n'ayant pas les "bons produits". Comme elle ne "mourait pas", en désespoir de cause, il a été obligé de "l'achever"
en l'étranglant de ses propres mains ! Son sang a giclé partout et sur les murs !
Cela fait donc 16 ans déjà que Coralie a fini de souffrir, qu'on l'a aidée à partir... euthanasie clandestine, illégale, à la maison... Rater sa vie, c'est beaucoup à 20 ans,
mais rater sa mort, c'est TROP !
Il y a un temps pour tout : un temps pour se taire et un temps pour parler, pour écrire !
L'euthanasie illégale de Coralie est restée un non-dit, un silence, un secret très lourd
à porter pendant 14 ans ½. Ainsi, en plus de l’horreur de cette maladie grave du visage,
en plus du chagrin, du deuil, la vérité sur les causes exactes du décès n’a jamais pu être exprimée, verbalisée. C’est une épine empoisonnée dans le cœur !
Je suis "fatiguée" de me taire parce que les bien-pensants, les nantis, les religions ou
ceux qui ne se sentent pas concernés s’octroient le droit de juger du bien-fondé ou non
de l’euthanasie, au mépris de la plus élémentaire compassion ! Il est temps que ça change !
Il est temps pour moi d’avouer, de parler, de témoigner !
Après avoir publié 18 commentaires explicites sur le site Internet de FRANCE SOIR, j’ai créé
un « Dossier euthanasie » sur mon propre site www.abadennou.fr où je publie les détails
de la longue et douloureuse maladie de Coralie.
Pour les personnes compatissantes qui ont le cœur bien accroché, pour les thérapeutes,
les étudiants en médecine, les politiques, les religieux, etc… un lien permet d’accéder
aux PHOTOS bouleversantes de Coralie prises notamment par un Interne du service
du renommé Professeur David KAYAT, à l'Hôpital de la Salpétrière à PARIS !
Je précise que Coralie y avait subi (en dernier ressort) un traitement chimiothérapique expérimental qui n'a servi à rien d'autre qu'à la faire souffrir davantage ! Je publie également dans mon « dossier euthanasie » les photos de Coralie sur son lit de mort après l’euthanasie
et on peut observer les marques de strangulation !
Vous verrez ainsi à quoi peut ressembler un malade incurable en fin de vie qui demande une assistance à mourir dans sa propre maison, dans son lit, dans la dignité, la paix et l'amour, entouré des siens et qui refuse de mourir seul, en soins intensifs ou palliatifs, si performants soient-ils ! Les médecins ne sont pas des "dieux", ni des mages, ils n’ont malheureusement pas de baguette magique !
Au fur et à mesure du développement de la tumeur osseuse chimiorésistante incurable, Coralie, ne pouvait plus mâcher ni manger, elle n’avait plus de nez digne de ce nom, n’avait plus de dents visibles, plus de bouche, son visage était ravagé, déformé, les hémorragies étaient fréquentes ainsi que les écoulements sanguinolents, les douleurs étaient quasi permanentes,
la tumeur envahissait la face, on ne voyait plus ses beaux yeux bleus et elle devint aveugle !
Lors de la consultation dans le service de chirurgie maxillo-faciale au CHU de NANTES,
le médecin-chef, très mal à l'aise, nous a répété :
- C'est une intervention très lourde qui ne peut être réalisée qu'à PARIS
Mais, concernant les interventions chirurgicales qui avaient été proposées
à l’Institut Gustave Roussy de VILLEJUIF, c’était perdu d’avance !
Je n’oublie pas les « têtes d’enterrement » des chirurgiens et de la dizaine d’internes qui nous expliquaient debout, la multitude d’interventions très lourdes qui seraient nécessaires, notamment pour la reconstruction de la face : nez, bouche, palais, mâchoires, dents, orbites, etc....
Les médecins hospitaliers et les internes se tenaient à une distance respectable, comme si Coralie et moi avions eu la lèpre. Cette attitude rigide trahissait seulement leur grande émotion, leur effroi, leur peur panique et les limites de la médecine.
Coralie a donc refusé de servir de « cobaye » à la chirurgie maxillo-faciale et j’étais en accord avec le choix logique de ma fille.
Les divers protocoles de chimiothérapie, pratiqués en « désespoir de cause »
par le Docteur Pierre FUMOLEAU, oncologue, Centre René Gauducheau, NANTES
par le Professeur Claude JASMIN, cancérologue, Hôpital Paul Brousse, VILLEJUIF
et par le Professeur David KAYAT, cancérologue, Hôpital de la Salpêtrière, PARIS
lui ont occasionné des souffrances inutiles et supplémentaires et lui avaient fait perdre ses longs
et beaux cheveux clairs… Impossible aussi de soigner Coralie par radiothérapie à cause de la localisation rare de la tumeur osseuse à la mandibule !
En juillet 1993, le professeur Dominique BELPOMME, cancérologue venu tout spécialement de PARIS, en avion, après avoir examiné attentivement le visage monstrueux de Coralie, proposa de tenter un nouveau protocole expérimental chimiothérapique
tout en avouant qu'il ne pouvait rien promettre car il était TROP TARD !
En août 1993, très affaiblie, Coralie indiqua clairement qu’elle ne voulait plus aller
à l’hôpital, qu’elle ne voulait pas mourir à l’hôpital : elle voulait mourir dans son lit,
dans sa chambre, chez elle, dans sa maison…
Les médecins, les infirmières, n'avaient jamais vu un tel cas et, même dans les hôpitaux, j'en ai vu qui devaient s'y reprendre à 3 fois avant de réussir à entrer dans la chambre
de Coralie ! Soigné ou non, ce type de cancer évolue généralement en 4, 6 ou 8 mois en cancer foudroyant des poumons ! Or, Coralie n'a jamais eu aucune métastase !
Si Coralie n'avait pas été euthanasiée, elle aurait donc pu vivre encore quelque temps,
mais dans quelles souffrances malgré la MORPHINE ?
Depuis plusieurs mois, Coralie ne pouvait plus qu’absorber du liquide à la paille et encore... Coralie était, par conséquent, de plus en plus maigre, complètement aveugle, fatiguée de tenir sa tête devenue très lourde à cause du poids important de la tumeur osseuse qui avait presque envahi toute la face, incapable de marcher à cause de la fonte musculaire et la faiblesse extrême !
Coralie est "partie" le 9 septembre et dès le mois de juillet, j'avais abordé avec elle ces questions essentielles : son décès, le suicide assisté, ses obsèques, la crémation.
Nous avons eu des échanges très approfondis.
En septembre, c'est donc elle-même qui a demandé de "partir" et le médecin appelé à son chevet a dialogué avec elle durant des heures... Quand la décision a été prise d'un commun accord, Coralie a téléphoné aux membres de sa famille et à ses amis pour dire "Au-revoir, je vous aime, demain je ne serai plus là" !
Ensuite, on a procédé calmement à sa toilette et Coralie a demandé que l'on prenne des photos artistiques de ses jambes, pieds et main, son visage étant trop gravement atteint et devenu monstrueux. Coralie était devenue aveugle mais elle organisé sa propre mise en scène pour ses dernières photos que l'on peut voir sur sa page Internet.
Enfin, elle a demandé de "partir" en musique.Tout cela a duré une après-midi et une nuit entière.
Coralie nous a parlé longtemps, elle était consciente et lucide malgré sa somnolence !
Coralie répétait : - Attendre ? Attendre quoi ?
Elle ne voulait plus "attendre"... attendre… souffrir physiquement et psychiquement, chaque jour, chaque nuit (malgré les médicaments)... attendre... souffrir... faire souffrir... pleurer... attendre que la mort vienne ? ...seule et unique perspective !!!
Dans certaines pathologies, malgré l'espoir, la volonté, les soins, les hôpitaux, les médecines douces, la foi, les miracles n'existent pas ! Les scientifiques, les médecins, les infirmières et les personnels soignants le savent bien et en souffrent aussi.
PERSONNE n’a pu guérir Coralie !
Ni la pensée positive, ni l'amour des siens, ni sa volonté de vivre,
ni les dentistes, ni les médecins, ni les spécialistes, ni les professeurs des hôpitaux,
ni les magnétiseurs, ni les homéopathes, les naturopathes, ni le traitement Beljanski (qui a vraisemblablement permis que Coralie vive si longtemps, sans métastases
et qui a été l'un des traitements de François Mitterand), ni DIEU, ni Jésus, ni Marie-Joseph-Pierre-Paul-Jacques, ni le curé de NANTES, désenvoûteur officiel du diocèse, chargé par l'évêque de procéder aux "désenvoûtements" pour « chasser le DIABLE
et la maladie » au nom de DIEU. (Dieu et le diable n'existent pas ! Ma certitude intime !)
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Coralie n’est pas morte dans la dignité car le médecin et l'infirmière qui avaient pris le risque d’accepter de l’aider illégalement à mourir n’étaient malheureusement pas en possession des "bons produits", pourtant à disposition des vétérinaires !
En France, en 2010, les animaux bénéficieraient-ils de la protection, de l’amour et du respect que l’on refuse à une femme ou un homme en fin de vie, contraints de subir jusqu’au bout la dépendance et la déchéance ???...
Si vous aviez entendu Coralie murmurer, au milieu de la nuit :
– Je vous entends !... C’est dur de mourir, j’essaye mais je n’y arrive pas !
Coralie est donc partie dans l’autre monde violemment, après une insupportable agonie.
S’il avait existé une loi humaine, Coralie serait morte en paix, libérée en douceur… et nous
ne serions pas restés gravement traumatisés !
Mais je ne rendrai jamais le médecin, ni l’infirmière, responsables ! Au contraire, ils ont eu
le courage d’assumer jusqu’au bout puisqu’ils avaient accepté sa demande à leurs risques et périls car, le médecin ou toute autre personne qui répond à la demande expresse d’un(e) malade en fin de vie est coupable d’homicide volontaire dont le délai de prescription est de 10 ans à partir du moment où les faits sont connus !
Nous voulons une loi dépénalisant l'euthanasie et respectant notre ultime liberté : décider en fin de vie, en conscience, d'une mort décente, sereine !
Nous voulons la liberté de choix et avoir la possibilité, le cas échéant, de bénéficier d’une aide active à mourir en toute légalité et en toute transparence !
La vie est un combat ! La mort aussi ! Témoigner pour contribuer à faire voter une
LOI pour une mort décente, non violente, respectueuse, propre et sereine, dans un total respect du malade et de son entourage est désormais mon combat pour vous et moi !
Je continuerai donc à témoigner, quoi qu'il m'en coûte, dès que l'occasion m'en sera donnée, car les malades en fin de vie qui souffrent doivent être soutenus ainsi que leurs familles et
les médecins ou personnels infirmiers qui peuvent être amenés à s’impliquer illégalement !
Si elle veut tenir sa réputation, la FRANCE « Pays des Droits de l’Homme » se doit d'être
à l'avant-garde et non à l'arrière-garde... y compris en ce qui concerne le débat de fond
pour une loi autorisant l'euthanasie active médicalement assistée !
Tous les français doivent prendre conscience que ça n'arrive pas qu'aux autres !
Qui peut juger et décider arbitrairement du droit fondamental de chaque être humain
dans ses choix de vie et de mort ?
Qui sait ce que nous réserve notre avenir, notre fin de vie ?
Soyons humains ! Soyons humanistes !
Je remercie les personnes qui m’encouragent et me soutiennent fidèlement
et affectueusement depuis le mois d’avril 2008. Merci beaucoup de votre attention...
© Silviane Le Menn (18 septembre 2008 mis à jour en 2010) |