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Silviane Le Menn
En langue bretonne "abadennoù" est le pluriel de "abadenn" qui signifie : affaire, partie (de jeu), séance, représentation (théâtrale), instant, moment.
 
 
Silviane Le Menn, webmaster
 
 
 

 

 
 

 

 
 
 
 
 
Conférence
 
 
 
SOIGNER PAR LA POÉSIE
Poète ou thérapeute de l'âme ?
 
Conférence dans le cadre des activités culturelles
de l’association "Crozon AVF Accueil, Finistère"
 
Janvier 2000
 
 
 
Sommaire
A notre époque, au début de ce 3ème millénaire, à un moment où la télévision, l'informatique et Internet, le cinéma, les magazines, les bandes dessinées, les jeux vidéo, le sport, etc., investissent de plus en plus la vie quotidienne de chacun d'entre nous, la lecture en tant que loisir semble être en perte de vitesse et la poésie, parente pauvre de la littérature semble tomber en désuétude, tant et si bien que les grands éditeurs n'acceptent plus de publier que des poètes déjà célèbres et encore...

En effet, pour beaucoup de gens la poésie ne sert à rien, la poésie ne passionne pas, la poésie n'intéresse personne ! On peut se demander, effectivement, à quoi sert la poésie ?
 
 
En Amérique :
Voici des extraits d'un article du magazine « Psychologie » de mars 1981 écrit par
Sylvie et Larry Morrissette
, professeurs à Santa Monica en Californie :
En Amérique, depuis l'année 1970, un établissement neuropsychiatrique hospitalier californien compte parmi ses employés un poète, Arthur Lerner, docteur en psychologie et en littérature, professeur de psychologie, pionnier du mouvement « Poésie-thérapie ». Il réunit ses patients par groupe d'une dizaine de personnes environ à raison d'une séance par semaine.

Il s'agit de laisser les personnes exprimer leurs émotions à partir de mots, de poèmes tant il est certain que l'homme a été un être d'émotion bien avant de devenir un être de raison.
Après avoir lu un texte, les participants expliquent celui-ci et il s'ensuit en général une discussion, cela permet au groupe de communiquer, de verbaliser leurs sentiments, leurs sensations, leur compréhension de la valeur et du sens qu'ils donnent aux mots.

Il arrive donc que certains textes ébranlent les patients et peuvent parfois atteindre leur moi profond, leur personnalité profonde, leur subconscient, leur être intérieur, leur âme ! Cette pratique peut parfois, dans les jours qui suivent provoquer des malaises chez l'un ou l'autre des malades. Dans ce cas, le médecin peut se retrouver confronté à un problème mais il est capable de retrouver ce qui a déclenché ce nouveau comportement. Bien entendu, on ne s'improvise pas thérapeute en poésie !

Il existe donc en Amérique une formation appropriée, ce qui laisse entendre que la poésie n'est
ni inoffensive, ni inutile contrairement à ce que la plupart des personnes pensent généralement !
Les thérapeutes américains se recrutent en particulier dans le milieu de la psychologie et de la psychiatrie et leur « entraînement » se déroule par groupe de candidats thérapeutes exactement comme s'il s'agissait de véritables "malades".

Le mouvement de « Poésie-thérapie » se base sur 3 éléments et on retrouve ici le principe fondamental de la Loi du Triangle : – les patients-poètes qui ont toujours la priorité, – les poèmes – et les thérapeutes dont le rôle est délicat car ils se posent en médiateur entre le poème et le patient.

L'animateur se munit avant chaque séance d’une impressionnante collection de poèmes les plus divers. Cette grande variété du registre poétique est indispensable, puisqu’elle doit répondre à la pluralité des besoins exprimés par les patients.

Généralement, le thérapeute propose à ses patients des extraits d'anthologies qu’il a sélectionnés au fil de ses expériences précédentes et de ses lectures personnelles.

Mais dans d’autres cas, les patients, préférant laisser libre cours à leur inspiration, écrivent leurs propres vers et se révèlent parfois à cette occasion d’excellents poètes.

Enfin, il arrive aussi qu’un des participants du groupe se mette spontanément à écrire quelques vers pour le malade qui est en train de travailler et avec laquelle il éprouve une certaine communion.

Ces méthodes sont en réalité étroitement liées. En effet, il est courant que la lecture d’un poème déjà publié provoque chez le patient la création spontanée et parfois étonnamment rapide de son œuvre poétique personnelle. Celle-ci pourra alors devenir à son tour une nouvelle source d’inspiration pour les autres participants.

En poésie-thérapie,
il est pratiquement impossible de dresser une liste de poèmes correspondant chacun à un type bien défini de problèmes psychologiques. C’est l’opportunité qui rend un poème curatif, ce qui exige que le thérapeute fasse preuve d’une grande flexibilité et d’un esprit constant d’adaptation.

Par exemple, un sonnet qui a permis, il y a quelques jours, à plusieurs participants de s’exprimer et de progresser dans la recherche de leur moi peut très bien se révéler tout à fait inopérant, la semaine suivante, avec un autre groupe.

De même, au cours d’une séance, un poème lu au début de la soirée et qui apparemment n’avait provoqué aucune réaction, peut tout à coup et parfois même longtemps après, déclencher chez un des patients toute une série de sensations.

De ce fait le rôle du poème est donc de catalyser et la complexité des réactions correspond en fait à la variété des fonctions jouées par le texte. Celui-ci est souvent utilisé comme moyen de
« déblocage », tel un outil véhiculant des sensations ou des émotions permettant de provoquer un déclic, stimulant ainsi de libres associations d’idées.

Le thème du poème est alors secondaire. On peut donc, par exemple, présenter à un patient terrassé par une dépression tenace un poème gai ou positif, car il est fréquent que le lecteur en détresse ait besoin de ressentir que le poète est parvenu à surmonter l’obstacle.

On peut aussi tenter de toucher un adolescent solitaire par ces vers d’Emily Dickinson :
« Je ne suis personne ! Qui es­tu ? – Es-tu personne... aussi ?».

Energies thérapeutiques
La valeur curative d’un poème se mesure donc à sa capacité d’atteindre des personnes jusqu’alors intouchables. Par sa fonction, la poésie peut agir comme catalyseur, c'est-à-dire qu'il déclenche une réaction psychologique. Les sentiments exprimés par le poète agissent comme un résonateur au niveau du subconscient du patient, de son moi dans ses composantes relationnelles et affectives. Des fragments communs de souvenirs et d’expériences commencent à vibrer en vertu de la Loi de sympathie avec les émotions véhiculées par le poème. Ces fragments, d'abord secoués, se détachent de la mémoire profonde, émergent enfin à la surface où ils peuvent être regardés à la lumière de la réalité et recréer l’unité.

Si, pour la plupart des lecteurs, le poème agit comme miroir et comme reflet de leur propre moi, il représente aussi souvent « l’autre », non menaçant, à qui l’on ne craint pas de se confier ou de s’identifier.

Voie royale aux sentiments et aux réactions physiques des individus, le poème peut véritablement être considéré comme la troisième des personnes habituellement en présence en poésie-thérapie.
En effet, le lecteur-patient, préparé par le thérapeute à mettre en pratique l’ordonnance poétique que celui-ci lui a prescrit, emprunte alors au moi du poète et – se mettant au diapason – permet ainsi que le poème devienne « quelqu’un », c'est-à-dire une entité capable de comprendre son semblable et de partager avec lui des sentiments particuliers.

Bon nombre de patients qui possèdent une personnalité déstructurée, voire désintégrée, trouvent en poésie les qualités d’unité et de cohérence qui leur font défaut. L'intérêt de ressentir cette unité est de découvrir en nous la paix intérieure !

La trame rythmique de la vie est l'unité, c'est-à-dire la cohésion, la cohérence, l'harmonie ; c'est pourquoi le rythme du poème favorise le processus de communication, mais permet aussi l'unité grâce à cette harmonie.

Le rythme est ce langage universel qui renvoie à l’embryon et au nouveau-né que l’on berce. Le langage, le rythme du poème, fait écho à la musique de la création : la musique des sphères !
Pythagore, philosophe grec, né vers 582 avant J.C. était déjà d'avis que la musique contribuait énormément à la santé si elle était utilisée de manière appropriée et que la musique pouvait être une médecine salutaire.

Mais qu'est donc le poème si ce n'est une chanson pouvant se dispenser d'un accompagnement instrumental ?

En réalité, la composition d'un poème met en éveil les cinq sens grâce auxquels le poète prend en compte, inconsciemment, la couleur des mots, leur aspect visuel, leur musique, leur odeur. Inconsciemment aussi, il touche et caresse les mots en les couchant sur le papier. N'oublions pas le 6ème sens, pour ainsi dire le plus important, sans lequel l'imaginaire, l'intuition, la vision et l'inspiration ne pourrait être transmis au conscient !

Tous les sens du poète en éveil, la magie du verbe va opérer et créer un rythme vibratoire, une musique des mots tout en subtilité et en harmonie ; si l'alchimie poétique est réussie, le poème va alors vibrer par lui-même et à son propre rythme comme un piano bien accordé qui produirait lui-même sa propre musique. Il se produit alors des ondes d'émotions ou de plaisir qui sont une source d'énergie positive.

Par un phénomène de « contagion mentale », des sentiments se transmettent d’une personne à l’autre à travers les rythmes, comme lors d'un festival de musique. Cette communication rythmique se situe au-delà de la signification verbale ; en effet, la poésie utilise un langage rythmique archaïque à travers lequel la symphonie des rythmes vocaux est souvent plus significative que le sens des mots.

Elle dispose aussi de toute une série de figures particulièrement aptes à créer cette unité. Ainsi :

– la métaphore et la comparaison qui font fusionner ce qui est séparé ;
– l’apostrophe et la personnification qui apportent la vie à ce qui est mort (vie et mort étant séparées en ce qui concerne les êtres) ;
– le rythme et la répétition de mêmes sonorités qui favorisent l’unité sonique.
– enfin, le jeu des rimes masculines et féminines unit l'aspect masculin et l'aspect féminin qui, en particulier chez un malade, ont tendance à s’écarter progressivement, par degrés.

Tout ceci induit une sorte de transe ! Mais quelle que soit la fonction première jouée par le poème, il s’avère que, dans la majorité des cas, la poésie-thérapie aide à lever le voile sur des sentiments plus ou moins refoulés, ou mal exprimés, qui peuvent ensuite être discutés, traités et intégrés.
Ce phénomène de mise à nu est particulièrement fort au sein d'un groupe lorsque le patient-poète participe à des expériences communes dans une atmosphère d’acceptation ; il éprouve alors le sentiment d’avoir activement pris part à un acte de re-création rendu possible par un apport personnel de souvenirs et d'expériences vécues.

Non seulement la création de poèmes procure au patient un sentiment d'acceptation et de valorisation, mais encore elle lui permet d’être moins dépendant des personnages qui l'entourent, tel son thérapeute

Elle aide le patient-poète à comprendre la signification de son propre art symbolique et, par là même, à contribuer activement à sa propre psychothérapie et à la reconnaissance de soi par lui-même et par les autres.

Voici donc l'Amérique à l'avant-garde en ce qui concerne la poésie à visée thérapeutique comme d'ailleurs souvent en bien d'autres domaines.

L'Amérique donc n'hésite pas à concocter une sorte de potion magique avec des poèmes et à faire rimer les mots poétique et scientifique.

En France :
Mais alors, me direz-vous, et en France aujourd'hui, que se passe-t-il en poésie ?

Hé bien ! Il paraît que la poésie n'est plus l'apanage des intellectuels et que 25 % des Français
de plus de 15 ans taquinent la muse. À mon avis, d'ailleurs, il y en a davantage et je me doute que certains d'entre vous en font partie. Que les personnes qui ont déjà écrit ne serait-ce qu'un seul poème dans leur vie veuillent bien lever la main ! ........

– Félicitations ! Bravo !... Et surtout ayez confiance en vous ! Continuez d'écrire et prenez patience car le développement des talents dépend d'abord de la prise de conscience de vos capacités latentes, puis du nombre d'exercices que vous effectuerez, mais aussi du temps que vous
y consacrerez !

Le fait de constater que les poètes sont très nombreux en France n’étonne guère car, dans une époque de perte de repères, de course aux vraies valeurs, la poésie permet de se retrouver en se mettant à l'écoute de soi-même et surtout, les poètes savent exprimer les émotions intimes que les gens ressentent confusément et ne sont pas toujours aptes à exprimer eux-mêmes.

L'antique formule « Connais-toi toi-même » dont on dit qu'elle était gravée au-dessous du portail menant à la chambre de l'oracle à Delphes est toujours d'actualité.

Jadis, poètes, philosophes et écrivains avaient coutume de converser avec le public dans les cafés. La tradition n’a pas tout à fait disparu et il est vrai que l'un de mes amis poète breton – Yann Orveillon – s'efforce de promouvoir cette formule de cafés littéraires, avec difficulté, il est vrai ! Dans ce type d'endroit, les spectateurs peuvent, après un dîner convivial, satisfaire leur appétit de poésie, car le soir, comédiens et poètes y déclament des vers et les écrivains lisent des textes.
Ce sont là des moments chaleureux où les gens, toutes générations confondues, se rapprochent, comme près de Guimaëc, en Bretagne, au café-librairie « Caplan & Co » où l'on propose aux clients de siroter un café-crème ou un « petit noir » un bon livre à la main !

Selon William Shakespeare « Le fou, l'amoureux et le poète sont tous faits d'imagination... »
et « Le regard du poète, animé d'un beau délire, se porte du ciel à la terre et... de la terre au ciel... »

Alors, pour le plaisir, l’envie de communiquer ou pour surmonter une timidité maladive, de plus en plus de poètes en herbe poussent la porte d’un atelier d’écriture. À chaque atelier sa méthode :

– soit on apprend l’art et la technique de l’écriture
– soit on laisse libre cours à son inspiration.

En effet, lors d'une traversée de son esprit en solitaire, l'apprenti poète est souvent bloqué devant la page blanche, alors que dans le cadre d'un groupe, les inhibitions tombent car les participants se stimulent.

Pour quelle raison chacun n'inventerait-il pas son rythme, sa respiration, sa vie, son expression, son écriture ?

Pourquoi ne pas guérir du vertige de la page blanche pour se guérir tout court alors que la poésie d'aujourd'hui se libère et peut être autre chose qu'un langage réservé aux intellectuels ou un simple passe-temps.

Loin des analyses desséchantes des critiques professionnels, l'expression poétique retrouve avec bonheur la communication, l'intuition, le grand air ; elle ouvre les portes de l'ailleurs et pour vous emporter jusqu'où ?

Le voyageur en poésie sillonne un domaine enchanté. Partout où Dame Poésie est attendue, reçue et donnée en partage, c'est l'occasion d'un échange, une sorte de transfusion qui touche l'âme elle-même, car la poésie conduit à l'essentiel c'est-à-dire à l'âme !

C'est pourquoi, sans hésiter : félicitons les associations, dont les adhérents sont souvent bénévoles, qui organisent des Salons du Livre où les auteurs se retrouvent et ont un contact direct avec leurs lecteurs. Bravo au Ministère de la Culture qui a mis sur pied une manifestation annuelle ayant pour nom « Le printemps de la Poésie ». Réjouissons-nous des nombreux Prix littéraires et autres Concours de Poésie où les poètes sont récompensés et reconnus. Diverses autres manifestations et rencontres incitant au rapprochement entre la poésie, les poètes et les lecteurs, existent dans toute la France sous forme de conférences, ventes signatures, etc... Même modestement, même sous forme de contacts et d'initiatives individuelles, tout est utile et bénéfique afin que la poésie tente de retrouver ses lettres de noblesse et, à défaut, qu'elle soit à la portée du plus grand nombre !

En Inde :
Le Docteur Jacques Vigne, médecin français, psychiatre et écrivain, qui vit depuis de nombreuses années le Vedanta en Inde, à l'ashram de Sri Anandamayi, à Hardwar, dans la vallée du Gange, a parfaitement exprimé l'utilité de la poésie dans son ouvrage « Psychologie et Méditation » ou « Soigner son âme », au chapitre 9 intitulé : « Poétique »

J'ai acheté ce livre en juillet 1997 par intuition. A ce jour, je l'ai relu 7 fois et je reviens encore occasionnellement au chapitre concernant la poésie. Ce livre est devenu pour moi une sorte de bible car j'y ai trouvé, entre autres choses et en particulier, la motivation nécessaire à la mise en forme de mon premier livre de poèmes « Dans le droit fil de l'âme » ce dont je rêvais depuis environ 25 ans !
En effet, durant de longues années, j'étais persuadée qu'être poète était un handicap, presque une tare et convaincue que ce que j'écrivais n'intéressait vraiment personne. J'avais tort et j'ai compris grâce au Docteur Vigne que, bien sûr, ce que j'écris n'intéresse pas tout le monde mais tout de même un nombre suffisant de personnes pour qu'il soit intéressant de publier. C'est donc ce que j'ai fait et pour cela, les propos de Jacques Vigne m'ont aidé bien au-delà de ce que l'on peut imaginer. Qu'il me soit permis de le remercier ici très sincèrement !

Jacques Vigne écrit donc dans son livre :

– Il y a un lien entre poésie et méditation.
– Une bonne poésie, c'est une poésie qui touche.
Le poète comme le sage, cherche à voir vraiment les choses, les événements, les émotions simples de la vie.
– Mystique et poésie ont en commun la capacité d'émerveillement et le désir d'immortaliser l'instant.
– L'art et la poésie servent de soupape de sécurité, notamment à la personne solitaire en manque de confident ou d'interlocuteur pour exprimer des rêves, des expériences, des intuitions, des prémonitions ou des visions et donc extérioriser son imaginaire.
– Ce qui éveille la nostalgie du poète est aussi ce qui provoque la prise de conscience du méditant, c'est l'impermanence ! C'est bien pour cette raison, à cause de ce sentiment d'impermanence, qu'une belle ruine suscite davantage d'émotions qu'un bâtiment flambant neuf.

L'intérêt d'exprimer la fragilité c'est de montrer qu'on la reconnaît et qu'on commence donc à la transcender, car « Quand on accepte ses limites, on devient sans limite » dit une parole Zen. En effet, l'amour et la poésie ont en commun qu'ils font se pardonner à soi-même, par effet de miroir, sa propre faiblesse.

Le Docteur Vigne accorde donc au poème une valeur thérapeutique à l'identique des américains.
Il explique que le « choc poétique » est souvent lié à une remontée, à une bouffée d'associations sensorielles justes et imprévues ; en ce sens, le « choc poétique » est proche d'une expérience de rêve éveillé, et même de méditation : n'est-il pas un rayon d'Absolu qui vient toucher la fleur à demi fermée du cœur et l'encourager à s'ouvrir un peu ?

Du point de vue spirituel, l'esprit d'enfance est une qualité fondamentale, peut-être parce qu'elle évoque tout ensemble simplicité et unité.

Du point de vue psychologique et poétique, il n'y a pas de nostalgie qui ne soit liée à l'enfance.
Gaston Bachelard, philosophe français, auteur d'analyses de l'imaginaire poétique, qui dit :
« Les poètes aideront à retrouver en nous cette enfance vivante, cette enfance permanente, durable, immobile»

L'état évoqué par cette définition est en fait une enfance au-delà de l'enfance, une réalité que les hindous rapprocheraient volontiers du Soi.

Si la poésie, comme la spiritualité, insiste sur l'enfance, c'est peut-être à cause du souvenir de cet état de calme qui avait précédé l'apparition de la vie sexuelle et de ses tumultes. Et rappelons-nous les paroles de Jésus qui disait : « Si vous n'êtes changés et ne devenez comme des petits enfants, vous ne pouvez entrer dans le royaume céleste », c'est-à-dire vous ne pourrez connaître la paix en Soi, la paix de l'âme pure ! Et cette paix-là est poésie !

Le Docteur Vigne cite Goethe qui affirme : « L'éternel féminin nous attire vers le haut » (On fait référence ici à la Dame, la Muse, la Déesse Mère, la Madone). Il est certain que le besoin du retour à la mère au-dedans de soi est une base de la psychologie tant chez l'homme que chez la femme et donne un fondement au travail intérieur de guérison et d'évolution...

Jacques Vigne présente aussi quelques idées forces du poète préféré du Président Jacques Chirac, Kenneth White, qui enseigne la poésie du xxème siècle à la Sorbonne à Paris, mais qui passe le plus clair de son temps dans un penty du Trégor en Bretagne.

Pour White, il y a la poésie blanche qui mène au fondement de l'être, à un état au-delà de la personne et la poésie noire qui essaie de conférer une certaine esthétique à des états morbides
de la psyché, c'est-à-dire aux perturbations du mental.

La poésie blanche s'échappe de la culture moderne pour nous donner rendez-vous dans l'espace premier. Les cultures liées à cet espace premier sont le celtisme, le chamanisme et le Zen : tous trois ayant un contact direct et inspiré avec la nature et l'environnement ! En effet, la poésie, comme la mystique suit le chemin des oiseaux. L'errant et l'ermite sont les seuls rôles seyant au poète, dit Kenneth White ! De ce fait, il considère le poète comme une sorte de yogi, ayant une dimension de sage ! En effet, la compréhension du moi – ou de l'âme – est un art vraiment mystique mais qui, pour beaucoup de personnes, est un art perdu.

Pourtant, les poètes ont depuis longtemps insisté sur la nécessité de parvenir à la conscience du moi dans son sens véritablement mystique. C'est ainsi que depuis les temps les plus reculés, des idées mystiques et philosophiques de nature supérieure ont été transmises à l'homme sous forme poétique. Le mystique sera donc saisi par la beauté et l'enseignement que transmet le poète lorsqu'il cherche à «justifier les voies de Dieu vers l'homme »
En Occident :
Jean Cocteau
Mais la poésie est un diamant aux milles facettes et en Occident, depuis un siècle déjà, la communication poétique est en crise.

Les poètes surréalistes, en voulant libérer les sources créatrices de l'inconscient, se sont souvent perdus dans le « n'importe quoi » de la diffluence mentale... Notre époque moderne met donc les poètes à l'écart, les anesthésiant et ne les écoutant pas.
Et pourtant la clef de tout homme est sa pensée ! Les plus grands penseurs et philosophes ou mystiques du passé étaient poètes : ils nous ont laissé un héritage culturel inestimable qui a contribué à l'évolution et au progrès de l'homme !

Mis à part ce discrédit jeté sur les poètes par leurs collègues surréalistes, aurait-on peur de ces "merveilleux fous volants" de poètes ?

Non ! Je pense plutôt comme Yann Brekilien, auteur de ma préface (Dans le droit fil de l’âme), que les bons poètes sont rares ! D'ailleurs, dit-il, il n'y a pas de bons ou de mauvais poètes. Pour lui, il y a d'un côté : les vrais poètes et de l'autre, ceux qui prétendent être des poètes mais qui sont
en fait des écrivaillons qui n'écrivent souvent que de la prose la plus banale mais découpée en rondelle !...

Personnellement, j'appelle ceux-ci « des rimailleurs » car, en effet, n'est pas Victor Hugo qui veut ! Par chance, Yann Brekilien me classe dans la catégorie des vrais poètes car mes vers ont jailli, dit-il, dans le droit fil de mon âme et c'est l'unique raison pour laquelle il a pris la peine de rédiger une magnifique préface qui n'est en aucun cas une notice publicitaire, ce qu'il ne manque pas de préciser avec véhémence !

Un certain nombre de mes lecteurs, femmes ou hommes, m'ont confirmé son jugement et avoué avoir pleuré d'émotion au cours de leur lecture : on peut donc penser que mes écrits les ont touchés, ont fait vibrer leur corde sensible et les ont bouleversés jusqu'au tréfonds d'eux-mêmes. J'ai reçu beaucoup de témoignages de personnes n'aimant pas, en principe, la poésie et qui, pourtant, ont beaucoup aimé lire « Dans le droit fil de l'âme » ; certains d'ailleurs l'ont adopté comme livre de chevet, ce qui est la plus belle reconnaissance pour un poète vivant !

Au pays de l'âme :
Comme le dit Jacques Vigne, un bon poème, comme un bon texte spirituel, est celui qui nous arrête, qui nous fait lever les yeux du livre et tourner le regard en dedans, saisis que nous sommes par un état de méditation spontanée.

Dans la vraie poésie, la dimension religieuse est toujours présente.

L'écrivain la sentira s'il a la maturité spirituelle suffisante et ne laisse pas le labyrinthe de l'écriture
et de ses techniques piéger son mental.

La poésie est spirituelle du fait qu'elle est vérité. En Inde, on considère qu'il y a une énergie spéciale dans la parole de celui qui ne dit que la vérité : c'est un pouvoir qui transforme un simple mot en parole sacrée. La parole poétique peut donc devenir parole prophétique dans la mesure où l'expérience intérieure de son auteur lui insuffle suffisamment d'énergie ; et au-delà, elle peut devenir parole de sagesse, si l'énergie réussit à s'épanouir en amour conscient, en amour universel.

La lumière douce d'un beau poème nous fait reconsidérer d'anciens chagrins avec un certain sourire : en cela, elle est méditation, elle est conscience. Au fond, le lecteur, par identification, ne met-il pas en valeur ses propres parcelles de lumière ?

Et celui qui a mal vécu est pardonné s'il a créé une œuvre poétique réussie.

Mais le poète n'a-t-il pas la tentation de forcer sur ses sentiments pour plaire au public ? Une chose est de charmer, une autre d'éveiller chez les autres, comme le fait un maître spirituel, une énergie, un enthousiasme pour avancer dans la vie et dans la connaissance de soi-même.


Mais une poésie reflétant plusieurs niveaux de lecture, il faudrait bien connaître la vie d'un poète pour être conscient de la manière dont il a intégré et réalisé dans sa vie ce spirituel qu'il a laissé entrevoir dans son œuvre tel Saint Jean de la Croix qui évoque les voies mystérieuses, l'échelle secrète, qu'emprunte l'âme dans son évolution. La poésie mérite donc d'être lue dans un état proche de la méditation et Victor Hugo, qui n'a pas peur des grandes analogies, fait des poètes :
des prêtres, des prophètes !


Certains poètes, d'ailleurs, font de leur art une mystique (ou de leur mystique un art) et se servent du souvenir de leurs extases comme d'une source d'inspiration toujours disponible et d'une force pour avancer avec confiance dans la direction de leurs rêves : ils aident ainsi les gens à s'engager sur une voie qui mène loin...

St Jean de la Croix

En effet, l'énergie de la transe poétique ou amoureuse est capable de bousculer les limites de l'ego et d'ouvrir brutalement vers l'infini. Quand la poésie gagne en profondeur, elle tend à se défaire de l'ego et à devenir anonyme : c'est ce qui lui donne la faculté de pénétrer le coeur de tout un chacun.

Saint Jean de la Croix ou Sainte Thérèse d'Avila ont utilisé le poème comme moyen de transmission de leurs expériences, leurs extases mystiques et leurs visions, mais ils n'ont pas été les plus nombreux.

Victor Hugo, quant à lui, indique les limites de la poésie en écrivant : « J'ai dans mon âme une fleur que nul ne peut cueillir ». Cette fleur intérieure, essence de notre être essentiel,
y aura-t-il un poète ou une poétesse apte à la décrire en sa subtilité ? Qui pourra un jour chanter cette fleur guérisseuse du pays du silence, la cueillir et la déposer sur le parvis du ciel ? Celui qui accède à ce pouvoir est un vrai poète doublé d'un maître spirituel authentique.

Jésus était sans conteste un grand maître spirituel mais nous ne savons pas s'il était également poète en son âme ? « Dieu » seul le sait !... J'ai la conviction que « Dieu » (s'il existe...
et rien n'est moins sûr !) est le plus grand de tous les poètes puisque souvent nommé le « Créateur » ou « l'Intelligence supérieure qui nous gouverne », ayant créé toutes choses du ciel et de la terre, il a donc créé aussi la poésie et dans ce cas, il est inévitablement poète lui-même !

Créé à l'image de « Dieu », si l'on en croit les textes sacrés (!), tout être humain a donc, par conséquent, un potentiel poétique plus ou moins développé et celui qui utilise correctement ses
5 sens
ainsi que son 6ème sens peut observer quotidiennement que la poésie et la beauté sont
magiquement présentes autour de nous dans la beauté et les forces de la nature : il ne tient qu'à l'être humain d'en devenir pleinement conscient afin qu'elles le soient davantage pour son plus grand bonheur !
 
 
 
 
 
 
© Silviane Le Menn, janvier 2000
 
   
 
   
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Dernière mise à jour lundi 09.01.2017 17:43
 
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