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Silviane Le Menn
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Dossier euthanasie
 
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LETTRE
à ROSELYNE BACHELOT
Ministre de la santé

par Philippe BISSON
adhérent ADMD (Morbihan)
 
 
 

Madame la Ministre, 

Mandatée par Monsieur Philippe Douste-Blazy pour évaluer l'avancement des soins palliatifs en France, Madame de Hennezel vient de vous remettre son rapport, dont j'ai pris connaissance sur le site Internet de La Croix.

D'abord offusqué par certains éléments de son contenu, j'ai ensuite décidé de chercher à en faire une analyse constructive

Oui, en dénonçant les insuffisances du développement des soins palliatifs dans les régions, Marie de Hennezel fait œuvre utile et je l'en remercie. Il ne manque dans ce rapport ni la faiblesse de la culture palliative du monde médical, ni sa méconnaissance des textes réglementaires et en particulier de la Loi LEONETTI, ni l'omission des bonnes pratiques en fin de vie, ni l'oubli des aspects psychologiques de la souffrance des mourants dans l’organisation de leurs soins.

On peut même trouver Madame de Hennezel globalement sévère à l'égard d'un corps de soignants qui est, de mon point de vue, aussi hétérogène que tous les autres corps de métier, et qui comprend beaucoup de personnes soucieuses de respecter la loi, compétentes, humaines, voire généreuses

Oui, en dénonçant l'insuffisance des financements et des structures palliatives, qu'il s'agisse du nombre d'unités de soins palliatifs, de lits identifiés, d'équipes mobiles, d'infirmières de nuit et de médecins, Madame de Hennezel fait œuvre utile. Je l'en remercie.

Après avoir rappelé les progrès techniques récents des soins palliatifs, rappelé le vote de la loi qui en a fait un droit du patient en 1999, rappelé les efforts des derniers Ministres-Médecins pour les développer, Marie de Hennezel s'écrie néanmoins : - Meurt-on pour autant dans des conditions de dignité et d'humanité dans notre pays ? Rien n'est moins sûr ! Merci à Madame de Hennezel, de s'en faire le témoin. D'autant qu'elle est un témoin accrédité, ce qui n'est pas mon cas.

Mais venons-en maintenant aux passages du rapport qui m'ont offusqué. Ils concernent le problème important dont Madame de Hennezel ne nie pas l'existence et qu'elle appelle les cas limites si rares fussent-ils à ses yeux.

Parmi ceux qui ont été les plus médiatisés, celui de Vincent HUMBERT est le plus dramatique, mais celui de Maïa SIMON symbolise sans doute l'attente de la majorité des Français libres de toute contrainte religieuse ou metaphysique.

Madame de Hennezel écrit ceci :

La grande majorité des médecins et des soignants estiment qu’il est de leur devoir de protéger les plus vulnérables, et ne sont pas en faveur d’une modification du code pénal, conscients des dérives possibles d’une loi qui ouvrirait à la possibilité d’éliminer ceux qui nous dérangent.

Cette tentation existe déjà chez nos voisins des Pays-Bas et de Belgique, puisqu’on y envisage déjà d’étendre  l’euthanasie aux grands dépressifs et aux déments. Pourquoi serions-nous plus prémunis de ce risque que nos voisins ? »

"Comme je le soulignais dans le rapport que j'avais remis à J.F Mattei (p 111) en septembre 2003, "le recours aux arrêts de vie ne peut pas être justifié sticto sensu, ni admis comme une pratique tout simplement normale. Pourtant, sous certaines conditions, il peut être non seulement justifié, mais déclaré éthique, à condition que son caractère transgressif soit maintenu".
 
Il faudra sans doute que nous réfléchissions à l’élaboration d’une circulaire en direction des juges leur demandant de prendre en compte ces situations extrêmes et de ne pas poursuivre des médecins qui invoqueraient la nécessité pour justifier leur décision et leur acte. Cela nous éviterait de modifier le Code pénal. 

Les médecins-conseils de Madame de Hennezel mettent en garde contre la possibilité « d'éliminer ceux qui les dérangent, les malades mentaux.... Ces médecins ne connaissent à l'évidence qu'une euthanasie, celle des nazis. Ils n'ont pas lu la loi belge, que j'ai sous les yeux, et qui prend toutes précautions pour que l'euthanasie ne soit appliquée qu'à des patients qui en ont formulé la demande de manière volontaire, réfléchie et répétée et qui sont majeurs capables et conscients au moment de la demande.

Voilà bien des garanties qui manquent dans l'euthanasie clandestine « à la française », qui se pratique depuis des lustres dans notre pays et dont Madame de Hennezel veut conserver le caractère transgressif » pour lui préserver sa « éthique »........

Mais puisqu'il est question de maladie mentale, je vous demande, Madame la Ministre, de prendre en considération le sort de tous ces vieillards que la déchéance de l'esprit effraie. Vous avez bien dû déjà voir ces personnes âgées qui, atteintes par la Maladie d'Alzheimer ou plus fréquemment encore par le simple vieillissement, commettent sottises sur sottises, saccageant parfois les réalisations de toute leur vie ou rendant la vie impossible à leurs familles.

Vous avez bien dû voir aussi une grand'mère qui ne reconnaît plus les êtres qu'elle a le plus aimés de son vivant. Cette perspective est pour nous l'insupportable de l'insupportable. Elle peut surpasser les peurs de souffrir, peur d’être victime d’acharnement thérapeutique, peur d’être abandonné et de mourir seul que Madame de Hennezel identifie comme seules motivations des personnes demandeuses d'euthanasie.

Pour éviter cette déchéance suprême, nous n'avons, dans l'état actuel de la législation française, pas d'autre solution que de nous donner nous-même la mort. Mais encore faut-il que nous soyons en mesure d'accomplir l'acte. Il ne faudra pas laisser passer l'heure. Nous vivons dans l'angoisse permanente de nous décider trop tard. Faudra-t-il le faire dès les premiers signes? Et d'ailleurs quels sont-ils, précisément, ces premiers signes?

Les optimistes dépassent l'heure. Les pessimistes se tuent trop tôt. Les maladroits se ratent. Les riches vont en Suisse.
Les plus lâches (c'est comme cela qu'on les nomme parfois) ne se tuent pas et deviennent des légumes s'ils n'ont pas la chance que quelque autre organe vital les lâche assez tôt.

Vous comprendrez sûrement que nous préférerions partager notre angoisse avec notre médecin, choisir avec lui le meilleur moment, rédiger nos directives anticipées - elles sont faites pour cela (loi LEONETTI) – et nous préparer sereinement à mourir dignement. Veuillez le noter, Madame la Ministre: nos médecins ne procéderaient pas dans cette hypothèse à « l'élimination de malades mentaux »; ils permettraient seulement à des vieillards de vivre le mieux possible le plus longtemps possible.

Enfin le plus choquant du rapport de Madame de Hennezel est encore la solution qu'elle vous propose pour régler les cas limites, celui des euthanasies illégales mais jugées « éthiques »
à ses yeux comme aux nôtres
. Une circulaire ministérielle demanderait aux juges de ne pas poursuivre..... c'est-à-dire de ne pas appliquer la loi.

Messieurs les Juges, brûlez vos codes.
MOI, Marie de Hennezel, je vous dirai qui est coupable et qui ne l'est pas !  

On comprend  qu'avec une telle conception de l'Etat de Droit, Madame de Hennezel soit obsédée par les risques de « dérives ».....


Madame la Ministre,

La France entière, tous les Français, sont demandeurs de soins palliatifs.
Ils attendent la concrétisation des lois qui ont été votées. Les errances du rapport de Madame de HENNEZEL ne doivent pas occulter la réalité du retard à leur mise en place. Si le corps médical a des progrès à accomplir, le plus grave réside encore, d'après ce que je vois autour de moi, dans les insuffisances structurelles et financières. Nous vous supplions d'y porter remède.

A côté de cela, plusieurs sondages successifs ont montré qu'environ 80 % des Français étaient favorables à la dépénalisation de l'euthanasie. Ce ne serait pas une loi « sociétale » comme certains le prétendent, car rien ne sera imposé à quiconque. L'euthanasie ne sera imposée à personne. La pratique de l'euthanasie ne sera imposée à aucun médecin. Il ne s'agira que de respecter une des libertés individuelles fondamentales, promises dans son préambule par notre Constitution, le droit à disposer de sa vie. Sans porter préjudice à quiconque.

Combien de temps la proposition de loi Vincent Humbert (de l'association « Faut qu'on s'active ! ») et la proposition de loi sur l'aide active à mourir de l'Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité, se heurteront-elles encore à un déni de démocratie ?

Notre culture originelle a fait d'énormes concessions depuis la promulgation des Droits de l'Homme et du Citoyen. Elle en fait tous les jours. Elle devra en faire encore et encore. Quand  fera-t-elle celle-là ? Nous avons adopté la loi VEIL qui pourtant interrompt un début de vie.
Nous attendons la loi BACHELOT pour pouvoir mettre fin dignement à une vie achevée.  
Nous comptons sur vous. 

Je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux. 

Docteur Philippe BISSON
Adhérent ADMD
Morbihan

 
 
 
Étymologie du mot "euthanasie" : du grec, eu, bien, et thanatos, mort.

Euthanasie signifie « bonne mort » ou « belle mort ». Dans l'Antiquité, cet adjectif était utilisé pour qualifier une « mort réussie ». L’euthanasie consiste dans le fait de procurer une mort douce, sans souffrance, à des malades qui subissent d’atroces douleurs, atteints d'une maladie incurable ou qui sont en état d'agonie.

Selon le dictionnaire Larousse : Doctrine selon laquelle il est licite d’abréger la vie d’un malade incurable pour mettre fin à ses souffrances.

Le terme « euthanasie » a gardé une sinistre connotation à cause du prédateur fou Adolf Hitler
et des assassins nazis qui, pour camoufler leurs actes criminels et se justifier, parlaient de
« mesures euthanasiques » ! Ne mélangeons pas tout !

La plus large tolérance dans la plus stricte indépendance !
 
 
 
 
 
 
 
© Silviane Le Menn
 
 
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Dernière mise à jour lundi 04.09.2017 11:42
 
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