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Silviane Le Menn
En langue bretonne "abadennoù" est le pluriel de "abadenn" qui signifie : affaire, partie (de jeu), séance, représentation (théâtrale), instant, moment.
 
 
 
 
 
 
 
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ALERTE SUR LA DÉSOLANTE
 
NOUVELLE - SCIENCE-FICTION
 
 
Jonathan Quinson

Travail scolaire
réalisé à Gouézec
Keriok, le 8 juin 2000
 
 
 
Il est un monde, loin de notre terre, où la vie n’est pas des plus agréables. Imaginez une planète ovale, rouge et dépourvue de relief. Une planète plate sur plusieurs kilomètres, avec un sol fait de roches rougeâtres extrêmement dures, le xion (1). Imaginez un monde sans terre fertile, sans eau, sans arbre, un monde rouge et chaud. De-ci, delà, des cratères de quelques mares ou lacs asséchés depuis plusieurs années.
Parfois des huttes de pierres à moitié démolies s’offrent à vos yeux, mais elles sont vides. La planète XXA, la plus proche de l’étoile Sophia III et la plus éloignée des trois planètes qui la voisinent, ne recèle aucune source de vie ou de richesse en apparence.
Un désert, un enfer pour quiconque ose s’y aventurer : pas d’oxygène, pas d’eau, une terre dure
et aride ; ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la Désolante.
 
Aucune expédition ne s’y est aventurée depuis l’an 83 – il faut savoir que dans cette autre galaxie 1 an terrien est égal à 25 ans – depuis que la planète XXA a dévié de son axe et s’est retrouvée dans l’orbite de l’étoile Sophia III. Or, avant cet incident, se trouvaient sur la planète de nombreuses personnes en voyage. Bien sûr, une explication s’impose. Avant de dévier de son axe, la Désolante était prospère.

Regorgeant d’eau, de richesses naturelles, de végétation, ses habitants, les xaxiliens, en avaient fait une planète balnéaire. Les xaxiliens étaient des êtres assez petits (de 1 m 40 à 1 m 60 pour les adultes) à la peau bleu turquoise, au visage généralement carré et assez vigoureux, rapides à la course et, de plus, très développés : ils avaient la faculté de parler plusieurs langues et en particulier le chagrin et le boutentrin : les deux langues parlées sur les planètes voisines.  La planète Chagrine était, elle aussi, abandonnée car on y stockait tous les déchets nucléaires utilisés sur la planète Boutentrine, planète qui, elle, était très peuplée, ne connaissait pas de problèmes, ignorant le mal depuis longtemps et vivant heureuse. Donc, les xaxiliens parlaient le boutentrin uniquement. C’était très utile, aux temps prospères, pour recevoir les étrangers sur leur planète balnéaire.

Revenons aux pauvres voyageurs en vacances sur le caillou qui allait les perdre. L’incident se passa de nuit ; d’un coup le sol se mit à trembler, la terre tendre et prospère commença à rougeoyer, à durcir, l’oxygène de la planète se fit de plus en plus rare, l’eau s’évapora à une vitesse surprenante, tout le monde dut mourir sur le coup, pensent encore les spécialistes. Mais ce n’était pas fini, toutes les habitations s’écroulèrent, excepté les petites cabanes de bergers qui étaient si bien bâties qu’elles ne tombèrent pas. Puis, lentement, la planète changea d’axe et subit l’attraction de Sophia III. Ainsi la galaxie venait de perdre une bonne partie de ses habitants et une planète qui ne serait plus jamais prospère.

Plusieurs années après cet incident, la station alpha-rama de la planète Boutentrine avait de gros problèmes. Une équipe de la navette-poubelle nucléaire avait été projetée contre la Désolante peu après être passée près de la décharge de Chagrine. La station alpha-rama était chargée d’apporter les déchets nucléaires sur la « planète décharge ». Cette station appela immédiatement le C. P. I. (Centre de protection intergalactique) pour lui faire part de ce phénomène :

– Allo, colonel Mc Straight ? (Les Boutentrins parlent la même langue que les terriens).
– Oui, lui-même ! répondit une voix ferme.
– Un de nos vaisseaux-poubelle vient de se scratcher sur XXA !
– Quoi ?
– C’est comme je vous le dis !

Le colonel Mc Straight ne prit pas le temps de se renseigner davantage. Il était plutôt vif, blond aux yeux verts, 35 ans, le visage mat, froid et pincé, les cheveux courts et coupés en brosse, un caractère difficile et rarement satisfait. Commandant de l’élite 14 depuis 3 ans, il avait tout vu, tout affronté : guerre nucléaire, incendie meurtrier, missions périlleuses. Il avait à son actif une trentaine de commandos, une centaine de vies sauvées, une cinquantaine de massacres évités. Ce qui est peu en 3 ans, mais sachez que durant ces années, la planète ne connaissait pas le mal et c’était une nouveauté que d’être protégé. Depuis 4 années, la planète avait des problèmes et, on ne sait pourquoi, le mal s’y était infiltré.  Sa spécialité restait les missions difficiles ; aucune aventure de ce genre ne lui posait de problèmes. Egalement très instruit, il était spécialiste dans les phénomènes astrologiques. Il avait déjà prévu que la planète Chagrine, à force d’être remplie de nucléaire, aurait une réaction. Cette réaction était pire que ce qu’il imaginait. La planète Boutentrine consommait tellement d’énergie pour le chauffage, les moyens de locomotion, les industries que, s’ils ne pouvaient stocker leurs déchets, les boutentrins et leur planète seraient vite submergés de radioactivité. Soucieux, le colonel demanda de  prévenir le chef de la sûreté boutentrine, qui fit un rapide bilan devant tous les membres du C. P. I. …

– Messieurs, l’heure est grave ! Notre planète décharge, la planète Chagrine est inapprochable. Vous savez combien notre industrie génère de déchets. Il nous faut trouver une solution et rapidement ou alors la planète sera condamnée.
– Monsieur Le Duc, intervint une petite voix, je sais comment récupérer la planète décharge.

Tous les regards se tournèrent vers cette petite voix qui sortait d’un bout de la salle où ils étaient réunis. Un homme en blouse blanche, bruns, aux cheveux mal peignés et en déroute, avec un air simple et discret, se contenta de répéter clairement et distinctement :
– Je sais comment récupérer la planète décharge.

Un brouhaha gigantesque se fit dans la salle. Comment pouvait-il seulement oser penser à accomplir l’impossible ? Tout le monde connaissait le professeur John Reul pour être un grand savant, mais un peu fou aussi.
– C’est bien simple ! coupa-t-il sèchement. Mes études actuelles m’ont amené à une question bien simple : « Comment anéantir la radioactivité ? » Sachez que j’ai trouvé le moyen.
Une nouvelle vague de bruit, de clameur, de colère, souleva la salle.
– Le rayon grama.

Ces trois mots avaient été dits d’une façon monotone, calme, presque comme si cela était naturel, simple et évident. Ils déclenchèrent pourtant un nouveau brouhaha qui dura : tous protestaient que c’était pure folie, mensonge ; cela dura bien 5 minutes.
La voix du président se fit entendre :

– Silence, messieurs ! En admettant que votre théorie soit exacte, professeur Reul, il nous faudrait aussi une équipe qualifiée pour ces missions extra spatiales.
– Je réponds : présent, messieurs ! renchérit Mc Straight.

Un coup fatal avait été porté à l’assemblée. Tous hurlaient, criaient. L’idée du professeur semblait déjà loufoque, mais de là à risquer la vie le l’élite 14, c’était trop.

– Mon élite relève le défi ! dit Mc Straight d’un ton assuré, fier et calme. Nous sommes prêts.
– Soit ! dit le directeur, non sans un peu d’anxiété car l’élite 14 était la meilleure des 24 qui existaient ! De plus, elle comprenait les 5 membres les plus qualifiés du C. P. I., c’est pourquoi tous criaient et restèrent choqués en quittant la salle.

La décision était prise, le directeur fit rassembler dans un petit salon privé, les sept personnes qui participeraient à la mission.
– Messieurs ! Je salue votre bravoure et votre courage. Mais ne tardons pas, professeur Reul, exposez-nous votre projet.
– C’est bien simple ! Pour moi, si le vaisseau-poubelle a été projeté contre XXA, c’est à cause de la radioactivité. J’ai lu le livre du colonel Mc Straight. Je suis d’accord sur sa théorie. D’après les positions que nous avions de nos satellites la terrible nuit où XXA a dévié de son axe, elle était près de Chagrine.
– Vous voulez dire que… ?
– Oui ! coupa le professeur ! XXA avait un peu de radioactivité et Chagrine en était pleine,
la proximité de l’une et l’autre aurait projeté XXA là où elle se trouve maintenant.
– Incroyable ! Vous en êtes sûr ? questionna le directeur.
– Sûr et certain.
– Je le confirme ! reprit Mc Straight. Mes théories étaient justes. Maintenant, Chagrine contient trop de radioactivité, elle est inapprochable. De plus, vu  notre consommation d’énergie nucléaire, il ne nous reste que 60 heures, pas plus, il est 9 h du matin. Nous devons partir au plus tard à 17 h ce soir.
– Ce sera difficile ! rétorqua le pr. Reul ! Le grama a bien la propriété d’anéantir le nucléaire, mais
il y a un léger problème…
– C’est vrai !

L’assistant du professeur venait de prendre la parole. Il portait de grosses lunettes noires qui cachaient ses deux petits yeux mauves. Sa blouse blanche portait l’étiquette où figurait la lettre
« A » d’assistant. Ses cheveux bien coiffés avec une raie du côté gauche lui donnaient un air
de philosophe expérimenté.
– Il y a un gros problème, reprit-il. Le rayon grama ne se trouve que sur la Désolante.
Il continua son monologue, ne laissant pas à ses interlocuteurs, le temps de le questionner.

– Si nous avons réussi à étudier et presque contrôler le grama, c’est grâce à mon assistant Bastien Ronald. Il était sur XXA lors du cataclysme. Envoyé par son ancien laboratoire, il était chargé de ramener  diverses pierres sur Boutentrine. Parmi ces pierres se trouvaient celles qui produisent du grama. Une  chance  que M. Ronald ait pu se sauver à bord d’un astronef juste à temps.

– Une chance oui ! murmura M. Ronald qui semblait se remémorer de bien sombres souvenirs.
– Bien, voilà le bilan établi ! Des questions ? dit M. Le Duc.
– Oui, une ! intervint un des membres de l’élite 14. Admettons que l’on réussisse à trouver du grama en quantité suffisante, comment l’utiliserons-nous ?
– Comme un rayon parker (2) ! Par projection à l’aide d’un canon !
– Cela a-t-il déjà été essayé ? reprit la même personne.

C’était une femme. Elle était jeune,  25 ans maximum. Elle ne semblait pas avoir peur et ses yeux à demi masqués par une mèche légère de ses cheveux blonds, étaient d’une intensité extraordinaire : deux points jaunes qui brillaient d’un très bel éclat. Elle était petite. Son uniforme bleu, sur lequel était cousu le blason de l’élite 14 -un aigle portant une étoile entre ses serres- était trop grand pour elle et on avait peine à ne pas sourire en la voyant. L’apparence restait tout de même trompeuse, Céline Roy était peut-être une débutante mais elle n’avait pas froid aux yeux.

– Non ! Mais nous avons la certitude que cela peut marcher ! De toute façon, c’est notre seule chance ! lui fut-il répondu.
– Une autre question, professeur ! dit le pilote de l’élite. Il nous faudra une navette rapide et maniable. Je tiens à la voir avant de la conduire.

Le pilote, un homme à la carrure d’ours, avait de nombreuses petites manies, comme celles de voir « la bête » comme il appelait les vaisseaux avant de prendre les commandes. Cette requête fût acceptée et tous reprirent le chemin du hangar 7 où était entreposé un superbe vaisseau à la pointe du progrès technologique.

Le directeur de la sûreté avait déjà donné des ordres pour aménager l’appareil. Mat Skaï, le pilote, monta dans la capsule de pilotage. Âgé d’une quarantaine d’années, barbu avec des cheveux de couleur rousse, il était pilote depuis sa majorité à l’âge de 15 ans. Il s’assit lourdement dans le siège de pilote où ses 90 kgs semblaient un peu à l’étroit. De ses grosses mains trapues mais agiles, il attrapait les commandes, touchait les différents boutons et semblait prêter peu d’attention aux personnes qui mettaient en place le canon. L’une d’elles s’approcha et lui expliqua le rôle de certaines manettes qui étaient toutes nouvelles pour le pilote Skaï. Pendant ce temps, le colonel
Mc Straight étudiait avec précision l’itinéraire qu’il devait parcourir aidé du professeur Reul et de
son assistant. En attendant, les trois derniers membres de l’expédition se concertaient.

– Cette aventure me semble folle ! disait Céline Roy ! Mais n’allez pas croire que j’ai peur !
crut-elle bon de préciser.

– Moi, cela ne me plaît pas du tout ! renchérit Max Roy, le grand frère de Céline, c’est du suicide ! Ses yeux bleus semblaient se remémorer de fâcheux souvenirs et il ne prêta bientôt plus attention aux deux autres.
– Ça lui fait toujours le même effet quand on part ! expliqua Céline. Tu sais pourquoi Dave… !
– Oui, malheureusement pour vous ce n’est pas facile. Vos parents qui disparaissent  un soir
et que l’on retrouve morts noyés dans la Leïa (3).

C’était d’un ton à la fois amical et un peu désolé qu’avait répondu Dave Braco. À 27 ans, il débutait dans le métier, tout comme Céline. D’allure chétive, il ressemblait davantage à un malade qu’à un membre du C. P. I. bien que sa tenue bleue le confirmât. Il était arrivé 2 semaines avant Céline.
Ils s’entendaient bien, étant débutants tous les deux.
– Je pense effectivement qu’il y resonge - soupira Céline Roy.
– Hein…quoi… ! Max semblait émerger d’un profond sommeil ! Taisez-vous les jeunes !
Venez, on nous appelle.

Ses mains puissantes et rapides avaient pris celles   de sa sœur. Cette dernière le suppliait de la lâcher et lui répétait que, s’il avait 5 ans de plus qu’elle, elle n’était plus une enfant. Mais Max ne l’écoutait déjà plus et, en quelques pas, ils furent près du colonel Straight.

Celui-ci demandait à faire une réunion générale avant de partir. Il était déjà 13 h quand ils purent tous se réunir dans le petit salon privé. Le colonel était debout devant les six autres qui attendaient impatiemment. Le directeur était à l’écart et il lui avait été demandé de ne pas intervenir.

– Bon, messieurs… et mademoiselle ! ajouta-t-il à l’intention de Céline avec un large sourire qui la fit rougir. Nous sommes presque prêts. Si vous êtes réunis c’est parce que je tiens à mettre les choses au point. Le professeur Reul et M. Ronald n’auront aucun rôle précis à bord de la navette. Aucun !
Il vous sera simplement demandé de rester tranquille et ne pas trop nous déranger.
Vous interviendrez sur la Désolante essentiellement. Mat pilotera comme d’habitude. Le plan de vol te sera remis tout à l’heure, Mat (Le Colonel et le pilote étaient de vieux amis bien que dans cette élite tout le monde se tutoyât, Mc Straight préférait l’appeler Mat que M. Skaï) ? Dave l’épaulera  comme d’habitude. Max et Céline vous servirez de mécanos, vous vous chargerez des scaphandres, des armes et du traducteur linguistique. Moi, j’occuperai mon rôle habituel (Ce rôle n’était autre que d’aider chacun des membres de l’élite tout en supervisant). Je tenais aussi à vous prévenir : nous seront les premiers à mettre le pied sur XXA depuis le cataclysme. Bien qu’il ne doive plus rester de menaces humaines, ni animales, nous emporterons des armes : des canons à dranon (4). Là-bas nous serons peut-être exposés au nucléaire ou à la chaleur de Sophia III. Donc, des scaphandres seront à notre disposition. Un autre détail : que je prenne l’un de vous à jouer les héros stupidement et je le descends ! C’était un des lieux communs du colonel qu’un « héros » ou un brave ne devait pas s’exposer en menaçant sa vie et celle des autres. Quiconque enfreignait cette règle était froidement abattu sur-le-champ.

Ayant bénéficié d’un temps libre, chacun des membres de l’élite alla se reposer. Profitant ainsi de
ce qui seraient sûrement leurs dernières heures de repos, tous ne cessaient d’imaginer ce qui leur arriverait. Pour la plupart, la chaleur restait le principal problème. Bien qu’il n’y eût plus de vie sur XXA, d’autres, comme les « enfants » Roy, se demandaient si une vie, sous forme de bactéries ou d’insectes avait pu se développer. Malheureusement, ils étaient loin du compte…

C'est ainsi qu’à 17 h tous étaient en place dans le vaisseau. Le professeur Reul et son assistant étaient quelque peu anxieux, car ils entraient dans une grande aventure et que c’était la première fois qu’ils prenaient un vaisseau pouvant atteindre 350 km/h. Tout était prêt. Leur départ se fit sans tambour ni trompette. Il fut seulement suivi des yeux par les membres du C. P. I. qui, tous, soupiraient pour eux-mêmes et quelques badauds qui ne comprirent pas pourquoi un vaisseau partait sans que cela fût publiquement annoncé. Bien sûr, pour éviter la panique, la nouvelle de la radioactivité intense régnant sur la planète Chagrine n’avait pas été annoncée. C’est ainsi que les sept membres du vaisseau venaient de sceller leur destin. À bord, tout allait bien. Seul la vue d’une comète ou d’un astéroïde avait lieu d’inquiéter l’équipage. Tout se déroula parfaitement jusqu’à l’atterrissage.
Le vaisseau venait de se poser sur XXA. Il était 11 h du matin. Il leur restait 34 h pour trouver
du grama, le rapporter au vaisseau et se diriger vers la planète Chagrine.

– Nous ne devons pas perdre de temps ! déclara Mac Straight.

Chaque seconde nous est précieuse. Il faut faire vite et travailler avec méthode. Nous nous diviserons en 2 groupes. Le professeur Reul, Max et moi-même dans une équipe et M. Ronald, Céline, Dave et Mat dans l’autre. Vous recevrez chacun un fusil et un scaphandre. Les relevés effectués par le vaisseau vous indiquent une température de 235°c, il y a très peu d’oxygène et apparemment aucune trace de vie. Le sol est très dur et la force d’attraction très faible. Nous prendrons donc les chaussures plombées et à crampons. Des questions ?

– Oui, colonel ! Avons-nous ordre de tirer à vue ?
– Bien sûr…, à la seule condition que les intentions des adversaires paraissent menaçantes ! Compris ?
– Oui, colonel !
– Je crois qu’il serait bon de nous retrouver ici dans 5 ou 6 heures, intervint le professeur.
– Bonne idée !

Le pilote ouvrit la porte, tous descendirent et c’est une chaîne formée de maillons blancs que l’on pouvait voir progresser sur une cinquantaine de mètres. Puis, comme si la chaîne s’était cassée, un morceau de celle-ci partit vers la gauche et l’autre vers la droite. Chacun des groupes comportait un expert en roches de la Désolante. Dans l’un des groupes se trouvait l’assistant Bastien. Ce dernier avait une large connaissance. Bien qu’il ne fût qu’un assistant, il était presque aussi savant et doué qu’un professeur diplômé, ayant des connaissances assez étendues sur la planète XXA suite à son séjour écourté. Il dirigeait le petit groupe vers le lieu où il avait trouvé du grama. Il marchèrent durant une bonne heure et lorsqu’il arrivèrent, ils furent saisis d’étonnement. Sur la grotte où était censé se trouver le grama apparaissaient de nombreuses mottes de terre surmontées de plantes séchées.

– Des tombes ! Des tombes sur au moins 200 mètres ! L’assistant n’en revenait pas. Son visage reflétait la peur et la tristesse mêlés à une envie de rire et une sensation de bien-être. Des tombes ! répétait-il plus clairement ! Des tombes !
– Excusez-moi M. Ronald, mais pouvez-vous nous expliquer pourquoi ces mottes de terre vous mettent dans cet état ? questionna Mat.
– C’est très simple ! Ces mottes surmontées de plantes sont des tombes xaxiliennes ! (Les trois autres personnes commençaient à comprendre ce que cela voulait dire). Elles ont été installées ici, il n’y a pas très longtemps et certaines semblent plus anciennes que d’autres à en juger par la décomposition des plantes  carbonisées. Vous comprenez ce que cela veut dire ?
– Malheureusement, oui ! dit Dave d’une voix où la crainte et l’épouvante se mêlaient. Il existe une forme de vie xaxilienne sur cette planète. Ses genoux se mirent alors à s’entrechoquer mais il n’eut pas la force de s’enfuir.
– Par contre, je me demande pourquoi tant de tombes ? Peut-être les xaxiliens brûlent-ils avec la chaleur lorsqu’ils sortent de leur cachette ? Je suis persuadé qu’ils ne sont pas tous morts.

En formulant cette phrase, il se retourna vers ses compagnons qui l’écoutaient et il s’effondra…

Durant ce temps, l’équipe menée par le professeur Reul allait de surprise en surprise. Elle se trouvait de l’autre côté de la planète, sur la face invisible de Boutentrine. Là, la terre était moins dure, moins rouge, de minuscules pousses d’arbres et de plantes étaient desséchées. Cela ressemblait à un désert noir. Parfois, on pouvait voir les cadavres brûlés de petits rongeurs, d’oiseaux ou de lézards. Le professeur et le colonel restaient songeurs et ne comprenaient rien à ce phénomène.
– Comment expliquer cela ?
– Aucune idée !
– C’est tout simple ! intervint Max. Cherchez un peu ! Un air de malice se reflétait alors sur son visage couleur de lait. Je suis sûr qu’ils ont voulu bronzer et ils ont oublié de se réveiller.

Un éclat de rire grave et continu ponctua la phrase.
Le professeur et le colonel, eux, ne trouvaient pas la plaisanterie de très bon goût. Lorsque Dave Roy n’était pas taciturne et déprimant, il était jovial et gai. Ce changement d’humeur ne plaisait pas, généralement, à l’élite 14. Ils avaient quitté l’autre groupe depuis 2 heures et commençaient à se demander si le grama existait vraiment, quand soudain, une silhouette noire se dessina parmi les plantes. Max épaula son arme et s’apprêtait à tirer lorsque Mac Straight lui enleva l’arme des mains.

– Qu’est-ce que j’ai dit tout à l’heure ? Hein ! Tu lui as demandé s’il nous voulait du mal ? Alors ! Réponds ! s’exclamait alors avec une grande colère, le colonel, rouge comme une tomate !
– Non ! rétorqua Max sèchement.
– Passons ! reprit plus calmement Mac Straight.

Entre temps, la forme humaine avait disparu et semblait s’être volatilisée.
– Elle ne peut pas être loin ! pensait le professeur.

Elle n’était pas loin, en effet, et elle n’était pas seule. En un éclair, le groupe des trois hommes s’était retrouvé entouré d’une cinquantaine de silhouettes. Peu à peu, celles-ci se rapprochèrent et, d’un coup, un filet plaquait les trois hommes à terre. On leur asséna de grands coups sur la tête, ils se sentirent ballottés et secoués.

Lorsque Dave Braco se réveilla, ses compagnons semblaient sommeiller. Il voyait trouble et était ébloui par d’étranges lumières. Il lui fallut 5 minutes pour que ses yeux s’habituent à l’obscurité qui régnait malgré les feux qui projetaient leur lumière sur les parois de ce qui semblait être une caverne. Il était accroché par les mains au-dessus d’un bac où stagnait une eau d’un noir verdâtre. Ses pieds se balançaient au-dessus du vide à environ 3 mètres de hauteur. L’un après l’autre, ses camarades s’éveillèrent. Tous semblaient entiers.
– Où sommes-nous ?
– Dans une caverne, manifestement ! répondit Dave.
– Je respire mieux, même si j’ai mon scaphandre endommagé ! remarqua Mat à haute voix.
– Regardez ces huttes en pierres ! s’exclama Bastien Ronald, elles ressemblent à celles des bergers xaxiliens.
– Et là-bas ! dit Céline, il y a une case décorée par un dragon crachant du feu. C’est bien la seule qui soit décorée aussi richement !
– Et regardez la couleur !
– Du rose éclatant ! Que c’est beau !
– Du rose ! Mais bien sûr ! hurla M. Ronald, c’est du grama ! C’est magnifique, c’est…

Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase car un vacarme se fit entendre. Cela ressemblait vaguement à des tambours. Ce rythme était lent, morne et ennuyeux. Peu à peu, des êtres d’une taille impressionnante (1,80 m à 2 m) se montrèrent. Ils étaient d’une couleur proche du marron. Un marron sale et presque gris. Seules les grandes taches beiges qui couvraient leur corps par endroits permettaient de les distinguer de la roche et des huttes. Ils s’approchèrent lentement les uns derrière les autres comme pour une cérémonie. L’un d’entre eux portait des bijoux et un énorme collier avec un pendentif représentant une étoile. Le tout était en grama. Il semblait être le chef et tous s’arrêtèrent à son signal. Il s’avança et se mit à parler dès que les tambours cessèrent. Curieusement, il parlait le boutentrin.
– Toi !
– Moi ? questionna Dave.
– Oui, toi, approche !

Deux individus détachèrent alors Dave Braco qui restait bouche bée. Il s’approcha en titubant,
ayant un peu perdu l’usage de ses jambes, du grand chef qui le dominait de plus de 60 cm.
– Nous sommes les caverniens !

Sa voix était très aiguëe et assez menaçante. Il était le plus grand de tous les caverniens présents. Dave était maintenant à moins de 2 m de lui. Il pouvait voir très distinctement le visage de son interlocuteur. La tête était comme son corps : de même couleur, toujours avec des taches beiges. Ses petits yeux noirs le fixaient sans ciller. Ce que Dave avait pris pour ses cheveux se révélait être sept membranes qui partaient du bout de son crâne : trois d’un côté et trois de l’autre. Une membrane plus grosse que les autres partait du milieu. Au bout de chacune se trouvait un petit morceau de grama (comme une boucle d’oreille). Les membranes descendaient au milieu de son dos et les sept morceaux de grama formaient chacun un halo lumineux qui éclairaient son être tout entier.
Dave Braco, en voulant se retourner et croiser le regard de ses compagnons, remarqua que les deux caverniens qui l’avaient détaché se tenaient derrière lui avec chacun une lance dont la pointe était en grama. Il remarqua aussi que le « bac » au- dessus duquel se trouvaient ses amis avait une profondeur de deux mètres et que, par moments, des ombres noires passaient devant le métal transparent. Le chef des caverniens entreprit de se faire comprendre :

– Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ?
– Nous venons de la planète Boutentrine.
– Ah ! répondit le chef avec un large sourire. Pourquoi les boutentrins ne sont-ils pas venus plus tôt nous délivrer de cet enfer ! explosa-t-il, très en colère, en se penchant sur Dave. Ses yeux avaient viré au rouge et il semblait devenir fou.
– Nous ne pouvions pas… murmura Dave, ne sachant trop quoi dire.
– Vous ne pouviez pas, hein ! Vraiment ? Ici on se consume, nos corps et nos âmes mutent à cause du  grama et de la radio activité et pourquoi ? Par votre faute !

Il donna subitement une gifle magistrale à Dave qui en tomba à terre. À grand peine, il réussit à se mettre à genoux. Sa joue ensanglantée avait laissé à terre une petite mare rougeâtre. Voyant un autre coup arriver, il se mit à crier pour se protéger :

– Nous sommes là pour vous aider ! Pour vous… aider ! dit-il avant de s’évanouir.
– Arrêtez ! cria Céline.
– Il dit vrai ! renchérit Mat de sa grosse voix.
Tous avaient compris que s’ils voulaient rester en vie, il fallait mentir.
– Dans ce cas… !

Le chef venait de claquer des doigts et un jeune enfant cavernien s’était approché d’une échelle qui permettait d’arriver au niveau du bac. Sans crier gare, il s’y jeta et une énorme bête se propulsa sur lui. En une fraction de seconde il ne restait plus rien de ce petit être.
– En offrande aux dieux ! déclara le chef en guise d’explication.
– Décidément, les xaxiliens ont bien changé et leurs coutumes aussi !

Au début, tout était blanc, Mc Straight se sentait plus léger. Lorsqu’il réussit à ouvrir les yeux, il remarqua qu’il n’avait plus sa combinaison. Le professeur et Max étaient allongés près de lui. Ils se trouvaient dans une sorte de hutte en pierre, assis sur des lits en paille sèche. Rien ne lui paraissait surprenant. Après avoir réveillé ses compagnons, ils sortirent de la case et s’arrêtèrent, médusés. Devant eux s’étendaient plusieurs hectares de champs avec des potagers, des fleurs et,  non loin d’eux, se trouvait un village. Il fit quelques pas et un nouveau coup à la tête l’immobilisa.

Lorsqu’il  revint à lui, il était assis à une table avec ses compagnons et ils avaient à leur disposition de nombreux fruits et plats semblables à ceux des boutentrins. Ils étaient dans une hutte semblable
à la première. Leur repas rapidement terminé, car ils avaient très faim, ils se rendirent compte qu’ils étaient restés  somnolents durant plusieurs heures et commencèrent à s’inquiéter :
– C’est étrange tout ça !
– Oui, on nous assomme, on nous installe sur des lits, on nous assomme et on nous nourrit !
– Oui, étrange…
– Toujours est-il que moi je ne veux plus être assommé ! dit Max Roy
– Vous ne le serez plus ! dit une voix sortie de nulle part. Il ne s’agissait que de petites mesures de sécurité.

C’est alors que dans un coin de la pièce, bien dissimulé et à l’abri des regards, une porte s’ouvrit.
Un drôle de personnage entra :
– Je vous demande pardon de cet accueil plutôt brutal mais, de nos jours on n’est jamais trop prudent ! Je me présente : Gragu, chef des nouveaux xaxiliens et roi légitime de tout ce peuple aujourd’hui divisé.
– Euh, enchanté ! répondirent les trois autres qui, jusque là, n’avaient pu dire un mot et restaient pétrifiés devant cet être stupéfiant, de la taille d’un xaxilien, bleu comme un xaxilien, accoutré comme un xaxilien.

La surprise était totale. Les traits tirés et la peau bleue couverte de plis, il ressemblait à un vieillard avec une tête carrée.
– Je… enfin, nous… euh…, bref ! nous sommes…, euh… !
– Perdu ! triompha Gragu.
– Oui, c’est cela ! Mais comment, vous… !
– J’ai lu dans vos pensées !
– Lu dans nos pensées ? dit Max qui visiblement perdait tous ses moyens.
– Lu dans vos pensées, c’est cela ! affirma le xaxilien.
– Donc, vous… ?
– Oui, je connais toute votre histoire : les raisons de ce voyage, les différents membres, etc… Asseyez-vous, le temps nous est compté. Je m’engage à vous aider. Mais, pressons ! Je ne connais pas le sort de vos amis, mais j’ai malheureusement une petite idée. Avant tout, vous devez savoir le début de l’histoire :

– Nous vivions heureux, comme vous le savez et recevions les boutentrins sur notre planète. Malheureusement, un soir, un incident  insolite et imprévu allait changer le cours de notre vie. Notre planète a dévié de son axe et elle arrivée ici. Durant le changement d’axe, le sol se mit
à rougeoyer et à durcir. Un à un nos bâtiments s’écroulèrent, écrasant femmes, hommes et  enfants sous leurs masses. Nous, xaxiliens, étions affolés et ne savions où aller, l’un d’entre nous avait remarqué que l’une des grottes où se trouvait du grama, laissait une ouverture dans le sol. Alors nous nous y sommes tous précipités. En creusant un peu, nous sommes arrivés dans une caverne assez grande pour accueillir la cinquantaine de survivants. Puis, la brèche s’est fermée. Nous étions enterrés vivants. Ensemble, nous avons creusé et attendu des secours xaxiliens. Nous creusions chaque jour plus encore. L’un d’entre nous avait pour mission d’épier le moindre mouvement extérieur. Pour cela, il faisait une sortie par jour.
Au bout de quelque temps, il ne pouvait plus sortir, la température étant trop élevée. Nous comprîmes alors que la planète était exposée à des températures très élevées durant plusieurs semaines. Après, il nous fut impossible de sortir. Nous décidâmes donc de vivre
sous terre.

Un jour, en creusant, nous avons trouvé une carrière de pierres blanches. Certains de nous y touchèrent. Dans les jours qui suivirent, rien ne se passa.
Plusieurs années après, alors que je venais d’être élu roi de tous les xaxiliens, certains de nous connurent les pires moments de leur existence. Du jour au lendemain, ils restèrent couchés avec des migraines incompréhensibles. Peu à peu, on put voir leur peau bleue turquoise, virer au marron sale. Leurs yeux verts au noir, leur tête carrée s’allongea en sept membranes. Peu à peu ceux qui soignaient les malades devinrent marron à leur tour : ils mutaient. Seuls ceux qui portaient des bijoux en grama ne furent pas atteints.
Ainsi, les xaxiliens furent séparés : les nouveaux xaxiliens comme nous nous appelons et les caverniens. Ces derniers nous livrent des guerres incessantes, menés par mon neveu Craguel, ils cherchent à dominer la planète. Ils s’accoutrent de grama qui ralentit leur mutation et feraient tout pour quitter la planète. D’après mes espions, ce sont eux qui ont récupéré la carcasse du vaisseau qui s’est écrasé dernièrement. Avec les pièces de métal ils veulent se faire des boucliers pour nos guerres où l’enjeu est souvent une mine de grama. Voilà, vous savez tout ! Maintenant, en route !
Ils se retrouvèrent dehors où toute une armée de xaxiliens les attendait. Ils devaient être environ cinq cents, tous armés d’un pendentif en grama qui leur permettait aussi de rester quelque temps à la chaleur de Sophia III. Le vieux Gragu se contenta de dire :

– Tout est prévu, ce sera notre ultime combat, la mort pour nous et j’en suis sûr, la liberté pour les générations futures.

Alors, s’avancèrent trois petits xaxiliens. Deux garçons et une fille. Tous d’environ une dizaine d’années. Leurs yeux verts brillaient en regardant les trois boutentrins. C’était un éclat d’espérance, de supplication qui se lisait dans leurs yeux.

– Je vous demande de les ramener avec vous. Ce sont mes petits-enfants : Saphir, Diamant et Emeraude. Une escorte de mon armée va vous ramener à votre vaisseau.

En ces termes, ils se quittèrent. Les trois petits xaxiliens accompagnèrent les trois boutentrins vers une cavité où ils revêtirent leurs scaphandres. Durant ce temps, les enfants s’équipaient de combinaison en grama. Ensemble, ils sortirent de la caverne et regagnèrent le vaisseau.

L'assistant trébuchait à chaque pas de leur ascension. Enchaînés les uns aux autres, les quatre membres du C. P. I. glissaient à chaque enjambée. Ils empruntaient un chemin abrupt et étroit. Les caverniens les entouraient et les forçaient à presser le pas. Après de longues minutes, ils parvinrent à la lumière. Là, la végétation était abondante et les oiseaux chantaient : la Désolante était dans la période prospère dont avait parlé Gragu. Nos quatre compères, l’ignorant, furent surpris. Devant eux les plantes foisonnaient et la quantité  d’animaux était impressionnante.

– C’est le moment idéal pour régler nos affaires ! murmurèrent certains de leurs gardes.
Après un temps de marche, tous s’arrêtèrent. Devant l’armée des caverniens se trouvait l’armée xaxilienne. C’était deux masses, l’une bleue et l’autre marron, entourées d’un halo rose, qui se faisaient face.
– Laissez-les-nous ! cria le chef de l’armée xaxilienne (le fils de Gragu).
– Viens les chercher, cousin ! renchérit aussitôt le chef cavernien.

Alors, sans crier gare, les deux armées se percutèrent violemment. Les yeux des caverniens, rouges de colère, fixaient ceux des xaxiliens, verts de rage.
La lutte fut fatale : aucun survivant !
Ceux qui n’avaient pas pris part au combat  brûlèrent, car la période de prospérité prit fin, laissant place, de nouveau,  à la chaleur. (C’est ainsi qu’est narrée, encore aujourd’hui, la « Bataille de la fin » dans les livres d’histoire boutentrins).
Or, durant cette bataille, le petit groupe s’était faufilé et avait rejoint, non loin de là, le vaisseau.
A bord, les trois autres membres, les appelèrent. Dans leur élan, Mat, Dave, Céline et Ronald n’avaient pas vu une échappée de caverniens qui les poursuivaient. Dave fermait la marche et,
à peine à dix mètres du vaisseau, une lance lui traversa le corps et il s’effondra dans un cri de douleur.
Tous se retournèrent pour lui venir en aide. Ils virent alors que la chaîne qui les reliait avait cédé
et que Dave gisait plus loin, derrière eux. L’assistant Ronald tenta de revenir sur ses pas, mais une flèche lui transperça le bras. Se relevant avec peine, il rejoignit l’équipage dans le vaisseau et s’allongea.
Le pilote ne se fit pas prier pour décoller et, un instant plus tard, ils avaient quitté l’affreuse planète XXA.

 

Pour le retour, Mat se surpassa, sa vitesse fut fulgurante car on se rendait compte qu’il ne restait plus que vingt minutes avant que Chagrine n’explose. S’immobilisant à une dizaine de kilomètres
de la planète poubelle, il s’évanouit d’émotion et de tension nerveuse.
Le colonel fit alors un rapide bilan :

– O. K. ! Céline, Max, le professeur, Ronald et moi sommes encore valides. Les enfants dorment n’étant pas habitués à des voyages à 350 km/h. Point positif : il nous reste vingt minutes. Points négatifs : - 1) Nous ne savons pas comment actionner le canon – 2) Nous avons perdu un homme
et on a un blessé – 3) La planète chagrine va bientôt exploser.

En effet, ils étaient restés longtemps, trop longtemps sur XXA. Heureusement, les xaxiliens avaient préalablement fait charger du grama dans le canon. Par malchance, l’assistant était invalide, souffrant le martyr et le professeur semblait très perturbé.
– Je sais actionner le canon, colonel ! intervint Max.
– Parfait, pointe-le sur Chagrine ! Céline, occupe-toi des trois petits. Professeur, occupez-vous de votre assistant, j’ai un mauvais pressentiment, marmonna-t-il, et son visage s’obscurcit.

Après quelques réglages, tout semblait normal ; ils s’accordèrent deux minutes de repos.
– Quand je pense à tout ce qu’on a fait sur la planète XXA, cela s’est passé tellement vite ! soupira le professeur.
– Trop vite…
– C’est maintenant ou jamais, déclara solennellement Max !
– Et si « j’aurais » fait une erreur ! dit le professeur.
– Elle serait sûrement « grama-ticale », pouffa Max !
– Oh ! Vous, ça va !
– Dépêche maintenant, toutes les données sont dans le canon ? Plus que dix minutes… Vas-y !

Max actionna la manette et… rien ne se passa ! La panique saisit l’équipage, le professeur vérifia ses calculs à toute allure. Céline  restait abasourdie. Ils avaient faillit mourir mille fois pour en arriver là ! Soudain, Max prit son scaphandre, entra dans le sas avec un marteau et, une fois à l’extérieur, se mit à taper sur le canon en criant de nombreux jurons qui semblaient être adressés aux étoiles. D’un coup, un vrombissement se fit entendre. Subitement, un rayon rose sorti du canon et se dirigea sur Chagrine. Simultanément, Max fut entraîné et disparut aux confins de l’espace. Il ne restait plus que quinze secondes. Mac Straight serra les dents, Céline pris les enfants dans ses bras, Ronald s’agrippa à son siège et un grand « BOUM » se fit entendre, puis… plus rien…

Lorsqu’il reprit conscience, le colonel était étendu sur un lit. Suite à une minutieuse inspection, il déduisit qu’il  était à l’hôpital. Son œil lui faisait mal, une partie de ses cheveux était brûlée. A côté
de lui, Ronald ne bougeait pas. Inerte, froid et pâle, ses deux jambes étaient broyées, son bras droit sectionné.
C’est alors que le président de la sûreté entra dans la pièce, accompagné de Céline et de Saphir.
À leur suite venaient d’autres personnes.
– Comment allez-vous ?
– Cela pourrait être pire, répondit-il. Où sont les autres ? ajouta-t-il faiblement.
– Dave et Max sont morts. Le professeur, Mat et deux petits xaxiliens aussi.
– Oh ! Non ! gémit le colonel. Mat… Max… Dave… Pourquoi ? Pourquoi ?
– Je vais certainement vous décevoir, mais il n’y a plus rien sur XXA. Elle a sauté… on ne sait pas comment.

Après plusieurs jours de convalescence, le colonel assista aux obsèques de ses camarades. Vêtu d’un costume noir, l’œil bandé et la joue droite brûlée, il ressemblait davantage à un cadavre. Il était triste pour ses amis, mais satisfait d’avoir sauvé sa planète.

Toujours colonel au C. P. I., il commandait une nouvelle élite, assisté de Céline qui s’était miraculeusement sortie indemne du scratch du vaisseau, sans aucune contusion. Elle avait adopté Saphir qui était à présent son plus grand bonheur et sa principale préoccupation. Très attristé par la disparition de son frère et de sa sœur, il était souvent maussade, mais la vie commençait à reprendre le dessus. Le « professeur » Ronald (qui avait obtenu son diplôme ) dirigeait à présent un centre de clonage, en espérant un jour cloner Saphir et reformer une civilisation xaxilienne. Avec ses deux jambes sectionnées et son bras coupé, il avait peine à se déplacer, mais persévérait dans son travail.

Quelques années plus tard, il réalisa son rêve, Saphir fut cloné et une civilisation xaxilienne s’installa sur Chagrine qui n’était plus radio active car on se débarrassait maintenant des déchets en les neutralisant dans un incinérateur à grama. Les trois survivants de l’expédition qui avaient sauvé la galaxie avaient appris une chose :

« On a beau la détruire, la nature reprend le dessus
un jour ou l’autre ».
 
 

 
1) Roche due à de nombreux phénomènes spaciaux
2) Rayon laser
3) Un fleuve de la planète.
4) Rayon propulsé à l’aide d’un fusil, pouvant atteindre une distance de 3 km avec un bon tireur et
un viseur infra rouge.
 
© Jonathan Quinson, Keriok, le 8 juin 2000..
 
 
 
 
 
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Dernière mise à jour mercredi 02.07.2014 16:32
 
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